Le professeur Aryeh Eldad

  Par le Professeur Aryeh Eldad[i]

Publié dans le quotidien Maariv le 15.03.2020, traduit de l’hébreu par Meïr Ben-Hayoun.

Peu avant le scrutin du 2 mars dernier, Binyamin Netanyahou a exercé des pressions sur Itamar Ben Gvir pour que le parti Otzma yehoudit se retire des élections, ceci afin de ne pas faire perdre des voix à la Droite. Du moment où il s’est avéré que Otzma yehoudit n’avait plus aucune chance de franchir le seuil d’éligibilité, cette exigence était arithmétiquement cohérente, or pas nécessairement logique d’un point de vue politique.  Seulement 19 402 électeurs ont voté pour Otzma yehoudit, moins d’un demi pour cent des suffrages. Même si tous ces électeurs avaient voté pour le Likoud, cela n’aurait pas été suffisant pour ajouter un siège à Netanyahou. D’autre part, ce qui est bien connu, c’est que le noyau dur des électeurs de Otzma yehoudit n’aurait pas voté pour aucun autre parti et ne se serait pas rendu aux urnes si leur parti s’était retiré.

Quand Netanyahou a exigé de Ben Gvir de se retirer, Otzma yehoudit a soumis quelques conditions à ce retrait : proclamer la caducité des accords d’Oslo, cesser le transfert de fonds au Hamas, modifier la composition de la commission de nomination des magistrats, confisquer au WAQF le contrôle sur le Mont du Temple et permettre les prières juives sur ce lieu, et l’évacuation sans délai de Khan El Ahmar.

Après les élections, malgré le score impressionnant du Likoud, lorsqu’il a tenté d’expliquer pourquoi il n’est pas parvenu à obtenir une majorité lui permettant de former un Gouvernement, Netanyahou a imputé à Ben Gvir l’échec de la Droite. Peut-être que les électeurs de la Droite n’ont pas étudié les matières obligatoires à l’école primaire ou n’ont-ils pas tous obtenu un baccalauréat scientifique. Or Netanyahou est diplômé du MIT et de Harvard de sorte que ce que les chiffres expriment, il le comprend très bien et sait qu’il a menti. Plus grave que ce mensonge, c’est l’explication fournie à la non-acceptation des conditions de Otzma yehoudit concernant le Mont du Temple.

Le Premier ministre a affirmé avoir refusé de permettre les prières juives sur le Mont du Temple parce que ‘‘cela aurait embrasé le Moyen Orient’’. Même cette demande à la baisse d’ouvrir le Shabbat le Mont du Temple pour les Juifs (même sans les laisser prier), il ne l’a pas acceptée, et pour la même raison. Ainsi, Netanyahou a rejeté toutes les autres conditions de Ben Gvir alors qu’il était clair qu’il suffisait d’en satisfaire une seule pour que Otzma yehoudit se retire de la course électorale. Même évacuer Khan El Ahmar alors qu’il s’était engagé maintes fois à le faire, Netanyahou ne l’a pas accepté.  Si selon lui, cela aussi était susceptible d’embraser tout le Moyen Orient, comment a-t-il promis la veille des élections précédentes d’évacuer ce point de peuplement bédouin illégal ‘‘dans un avenir proche’’ ? Netanyahou avait la certitude que ses supporters inconditionnels étaient prêts à avaler n’importe quelle contrevérité et à la sanctifier du moment qu’elle était sortie de sa bouche.

                        Khan El Ahmar

Toutefois, ce n’est pas la crainte d’un embrasement général au Moyen Orient la raison pour laquelle Netanyahou n’a pas accepté ne serait qu’une seule des demandes de Otzma yehoudit. D’après les sondages à sa disposition 48 heures avant les élections, Netanyahou savait semble-t-il que le retrait de Otzma yehoudit ne lui ajouterait que quelques suffrages, et par conséquent, il n’avait pas de raison d’accepter aucune de ses demandes. Pourquoi payer si on n’obtient rien en contrepartie ? Au demeurant, la candidature jusqu’au-boutiste de cette liste a fourni à Netanyahou le prétexte rêvé pour son échec prévisible à obtenir les 61 sièges.

Le fait est que le Mont du Temple, la souveraineté et la liberté de culte juif sur le lieu le plus saint du peuple juif n’ont pour lui que peu d’intérêt. Lui aussi sait très bien que le prétexte ‘‘cela embrasera le Moyen Orient’’ apparemment si convainquant a été diffusé maintes fois dans le passé et ne tient pas la route.  En 2003, les grosses huiles du Shabak (services de sécurité générale) avaient mis en garde Tsahi Hanegbi, le Ministre de la sécurité intérieure, de ne pas ouvrir le Mont du Temple à des visites juives (après qu’elles furent interrompues consécutivement aux émeutes d’octobre 2000), que cela embraserait le Moyen Orient et qu’un milliard de musulmans se mettraient en marche sur Jérusalem.

Hanegbi ne s’est pas laissé impressionner. Aucune de ces prévisions apocalyptiques ne s’est réalisée. Ce prétexte ne fait reculer que ceux qui veulent bien reculer. Lors des dernières élections, c’est le même prétexte qui a été invoqué pour continuer à se faire extorquer des fonds par le Hamas, pour ne pas annoncer l’annulation des accords d’Oslo (qui sont de toute façon morts) et pour ne pas évacuer Khan El Ahmar, parce que ‘‘cela embraserait le Moyen Orient’’.

Le combat pour le Mont du Temple

Or il y a en Israël des élus pour qui le Mont du Temple importe. Ce sont les députés arabes de la Liste ‘‘unie’’. Dans leur liste d’achats chez Kahol Lavan, leur première exigence est de fermer le Mont du Temple aux visites juives et d’y restituer la situation de l’an 2000. Gantz et associés n’auront aucune difficulté à la satisfaire.

Les représentants arabes auront de nombreuses autres demandes du fait qu’ils diagnostiquent que Gantz, Yéelon, Lapid et Ashkénazi ont besoin d’eux ; que les dirigeants de Kahol Lavan craignent de disparaitre si cette fois-ci encore, ils ne parviennent pas à former de Gouvernement. Ils sont donc prêts à payer n’importe quel prix aux représentants arabes pour obtenir leur soutien. Même enfreindre leurs engagements de ne pas former de Gouvernement avec les Arabes. Ils ont promis certes, mais n’ont pas promis d’honorer leurs promesses. Ribbi Elazar Hakapar[ii] disait : la jalousie, l’ardeur du désir et la recherche des honneurs expulsent l’homme hors du monde. S’il pouvait voir aujourd’hui les dirigeants de Kahol Lavan, il aurait ajouté à cette liste la haine de Netanyahou. Ils vendraient leur mère pour le voir disparaitre. De sorte qu’interdire les visites juives sur le Mont du Temple ne constituera point un obstacle pour eux.

De facto, il n’y a aucun fondement mathématique à l’argument de Netanyahou disant c’est à cause de Otzma yehoudit qu’il n’a pas obtenu sa victoire. Pour former un Gouvernement, il avait besoin de trois sièges de plus, soit plus de cent mille votes. Or Netanyahou avait besoin d’un bouc émissaire et l’a trouvé en la personne Ben Gvir. Même si nous ignorions les mathématiques et recevions cet argument de Netanyahou, on en déduirait que par sa non-disposition à permettre des prières juives sur le Mont du Temple, il a perdu les élections. Et ainsi, Gantz/Meretz/Amir Peretz peuvent former un Gouvernement minoritaire avec le soutien de Lieberman et de ses acolytes. Un Gouvernement minoritaire de cette nature sujet aux pressions des représentants arabes est susceptible de les payer par la cessation de visites juives sur le Mont du Temple.

Si Netanyahou considérait le Mont du Temple comme une valeur pour laquelle il faut se battre, peut-être aurait-il gagné les élections. Or le Mont ne l’intéresse pas outre mesure.  Il n’est pas enclin à combattre pour (même installer des détecteurs de métaux aux accès au Mont du Temple, il a cédé devant quelques manifestants arabes). Netanyahou s’est gargarisé de ne pas avoir céder aux demandes de Ben Gvir et ainsi, selon lui, il se serait révélé être un chef d’Etat raisonnable non enclin à faire prendre des risques à Israël par une décision précipitée sur le Mont du Temple rien que pour obtenir une fois de plus le pouvoir. Comment n’a-t-il pas appris jusqu’à aujourd’hui qu’un tel propos ne lui ajouterait pas un seul vote chez ses détracteurs ? Du fait que ce qu’ils haïssent, c’est sa personne, pas nécessairement ses opinions ni ses prises de position.

                  Ouri Tzvi Grinberg

De toute façon, cette argumentation ne lui retire pas le soutien d’aucun des électeurs du Likoud, du fait qu’ils soutiennent Netanyahou, non pas pour ses positions, mais pour ce qu’il est. De cette manière ou d’une autre, nous apprenons une fois de plus l’antique enseignement, à savoir que celui qui n’est pas prêt à combattre pour le Mont du Temple, perd le pouvoir sur Eretz Israël. C’est ce qu’avait proclamé le plus grand poète israélien contemporain Ouri Tsvi Grinberg[iii] que Netanyahou aime tant citer. Ouri Tzvi Grinberg a imprimé cette formule : « Celui qui détient le Mont détient le pouvoir en Israël »

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[i]

Aryeh Eldad, professeur de médecine en chirurgie plastique, spécialiste des grands brûlés. Fils du docteur Israël Eldad, l’idéologue du Lehi, le Groupe Stern. Aryeh Eldad a été Officier en chef des services médicaux de Tsahal jusqu’en l’an 2000. Elu numéro 2 de la Liste Moledet à la Knesset aux élections de 2003 ; Ensuite numéro 3 à la Knesset dans la liste du Ihoud Léoumi. Candidat numéro 1 devant Michael Ben Ari dans la Liste Otzma LeIsrael aux élections de 2013 où ce parti ne franchissa pas le seuil d’éligibilité.

[ii] Ribbi Elazar Hakapar, Maximes des pères, chapitre IV, michna 28

[iii] Ouri Tzvi Grinberg (1896-1981) poète israélien (pas encore traduit en français). A été membre de deux organisations clandestines de lutte contre les Britanniques, au Etsel puis au Lehi. Elu député de la Knesset pour le Parti Herout en 1949 ; signataire du Manifeste pour l’intégrité d’Eretz Israël au lendemain de la Guerre des Six Jours ; membre fondateur de la première organisation pour la souveraineté juive sur le Mont du Temple, le Mouvement des fidèles du Mont du Temple